Pourquoi ? L'activisme des Lumières
Société des Rencontres Eclairées
Des Lumières à leur actualité d'avenir
POURQUOI ?
des Lumières
Depuis quatre siècles et particulièrement depuis la période dite des Lumières, les pactes sociaux de nos sociétés euro-atlantes se sont architecturés en installant en finalité la prééminence du statut de l'individu par des principes : les droits de la personne dans l'égalité des individus et des femmes aux hommes, comme des minorités dans la majorité ; la liberté d'expression et du débat démocratique régulièrement renouvelé pour décider du contrat social par la loi égale pour tous ; la séparation des croyances et des pouvoirs, dûment séparés entre ceux ce faire la loi et ceux d'en user pour gouverner et ceux de rendre la justice en toute indépendance. Ces principes se sont modulés en pactes nationaux et sociaux, caractérisant la spécificité des cohésions sociales euro-atlantes et désignant dans la durée la singularité de leur fait de civilisation.
Leurs remises en cause sont à la fois à la dimension interne qui contestent leur légitimité au prétexte de favoriser des faiblesses minoritaires au dépend d'une efficacité collective plus forte, mais aussi à dimension externe qui réfutent la validité de leur vocation à se diffuser à l'universel au motif d'être une forme d'idéologie de domination.
Cependant la transmission de ces références est brouillée, en étendre le bien-fondé ne peut se contenter d'en assener la répétition incantatoire, ni même d'alimenter le discernement des individus par la pédagogie. Confrontées à la dispersion instantanée et massive de vecteurs dématérialisés d'expressions dans la "fabrique" de l'Opinion, toutes les valeurs sont maintenant nivelées par l'emballement de l'immédiateté ; curiosité désorientée ou quête de nouveauté en promesse rédemptrice. Pour tenter d'être efficace, la réhabilitation des piliers civiques doit désormais faire appel à des formes renouvelées d'engagements.
> Considérant que l'universalité de ces principes ne peut être aujourd'hui qu'une proposition -et seulement- exposée à l'adhésion volontaire des individus et des sociétés. Considérant que cette proposition est en coexistence avec l'existant des sensibilités différentes et peut être partageable selon des formes multiples d'appropriation et de métissage ; que dans le cosmopolitisme résultant, la part d'universalité ne se confond pas avec la conformité à un "modèle" d'universalisme.
> Considérant que la finalité humaniste de cette proposition d'universalité ne peut être condamnée aux prétextes de ses lenteurs et de ses insuffisances à annihiler les rapports de force et la durée des statuts inéquitables, individuels et collectifs, nationaux et internationaux.
- Plus récente, l'idéologie énoncée au nom d'un "réveil" de conscience réfute l'universalité de la primauté de l'individu, en dénonçant l'individualisme comme un leurre favorable à l'aliénation des dominés et prétexté par les dominants pour servir leur oppression, Cette contestation de la primauté de l'individu veut la "déconstruction" des références de la liberté individuelle au nom d'une révision "décoloniale" et repentante du passé, mais avec peu de cibles économiques et sociales. Au-delà des jugements ethnocentrés de l'histoire, il faut dénoncer une idéologie qui additionne le dévoiement des statuts de la différence, à celui des droits des minorités, pour les amalgamer en références séparatistes de la cohésion du pacte social. Il faut y dénoncer aussi la réduction de l'individu et de son identité à sa prédestination par des caractères communautaristes (ethniques, sexuels, religieux…) ; cloisonnement par essentialisation qui renie les apports continus aux sociétés humaines par les acculturations et les fécondations croisées.
- Mais la menace la plus virulente, décidée à subvertir l'universalité, est conduite par ceux qui prônent la déconnexion d'avec l'exercice pluraliste démocratique ; d'autant qu'ils l'expriment selon deux discours. L'un prétexte de rendre totale la liberté individuelle, de lui enlever toutes entraves issues de la contractualisation collective (solidarités et obligations diverses librement acceptées…) ; notamment en matière d'expression : liberté absolue des opinions même en négation des accords de cohésion (antiracisme, droits à la différence, éthique des savoirs vérifiés…), allant jusqu'à justifier paradoxalement une contre-censure "correctrice". L'autre discours à l'inverse ne veut reconnaître que les opinions dites conformes à la "normalité" d'une "majorité", dénonce des élites responsables de toutes les divergences ou particularismes désignés comme des faiblesses. Cette intention de simplification autoritaire du pacte social justifie de mettre fin à la séparation des pouvoirs, de subordonner la justice, d'annihiler les contre-pouvoirs institutionnels ou non.
Ainsi "libertariens" et "illibéraux" ou dictatures totalitaires se rejoignent pour isoler les individus dans leurs choix de l'intérêt général, Ils affirment leurs processus de remise en cause du pluralisme démocratique comme les moyens d'efficacité indispensables pour assurer plus de mieux être au plus grand nombre. Ce alors même que les horizons économiques comme écologiques s'assombrissent des perspectives de pénuries dans les inégalités entre les nations et au sein de leurs populations. Les manipulations des populismes, qu'elles soient "libertariennes", "illibérales" ou simplement dictatoriales, pourraient être destinées à faire approuver de nouvelles hiérarchies sociales ; il s'agit bien de préparer l'arbitraire des iniquités d'économies et de sociétés de guerre.
Il faut réaffirmer que l'exercice réel de la liberté des personnes n'est possible que par les garanties des libertés collectives et la cohésion des solidarités ; et que la finalité absolue du Contrat social qui est d'ouvrir les voies pour aller au meilleur devenir des êtres, ne peut progresser qu'en conservant aux objectifs du politique, le choix des moyens de l'économique.
